mercredi 22 Février
ROME


Vue de la basilique et de la place. La basilique a été construite entre 1506 et 1626, et décorée par Bramante, Michel-Ange et Le Bernin. Sous le baldaquin du Bernin se trouveraient les reliques de Saint-Pierre.
Il est impossible de visiter Rome sans évoquer la question du Vatican, plus petit Etat souverain du monde, situé au milieu de la ville éternelle. Mais que signifie cette enclave de 44 hectares constituée du palais, des musées et des jardins du Vatican, ainsi que de la place et la basilique Saint-Pierre ?
Pour les touristes français que nous sommes, c’est un quartier de riches curés et de bonnes sœurs où on vend des cierges et de l’eau bénite au coin des rues. A peine de quoi faire un article dans le JSL. Néanmoins, se demander ce qu’est réellement le Vatican, c’est déjà s’interroger sur le Pape : il est le successeur de Saint Pierre, l’apôtre que le Christ a désigné pour gouverner son Eglise, mais il est également le souverain du Vatican qui jouit de la plénitude des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire (Ze big boss).
En tant que successeur de Saint Pierre, ce qu’il liera sur cette terre sera lié dans le ciel et tout ce qu’il déliera sur la terre sera délié dans le ciel (Mat. 18 :18), c’est-à-dire qu’il peut décider de votre sort après la mort : option A, Paradis = Bien ; option B, Enfer = Pas bien. Mais, modernes que nous sommes, nous dirons que la religion est une affaire privée et que le Pape n’a pas à se mêler de politique.
Cependant, l’articulation du pouvoir temporel (matériel : la politique, l’argent, l’armée,…) et du pouvoir spirituel (religieux), c’est justement ce qui a mené à l’instauration du Vatican, anciennement Etats de l’Eglise. Rappelons-nous les paroles de Staline en 1935 par rapport au respect de la liberté religieuse en Russie et en 1945 à Yalta, lorsque Churchill évoquait une alliance avec le Pape : « Le Pape, combien de divisions ? » (Combien de soldats ?). C’est vrai, comment quelqu’un peut-il prétendre avoir une quelconque influence sur les esprits, transformer les cœurs des hommes, façonner leur comportement s’il ne peut lui-même défendre sa propre maison, son propre peuple ? C’est précisément cette inquiétude qui a conduit le Pape Etienne II à conclure une alliance avec le souverain franc Pépin le Bref au VIIIe siècle. Le roi des Francs était le glaive qui défendait le Pape et ce dernier était la Croix qui conférait une légitimité indiscutable au roi.
Pépin « donna » officiellement au Pape des territoires qui faisaient de lui un souverain temporel. Ces territoires ont atteint leur plus grande extension au XIVe siècle pour n’être finalement réduits à l’actuel Vatican qu’en 1870, après l’annexion de Rome par le royaume d’Italie.

Les Papes se considèrent alors prisonniers au Vatican et la « Question romaine » ne sera réglée qu’en 1929 par les accords de Latran signés avec Mussolini (vous connaissez ?) : le Vatican devient officiellement un Etat souverain, reconnu internationalement, avec son propre drapeau, son sceau, sa monnaie, ses timbres et ses troupes (les célèbres divisions). Mais s’il faut retenir quelque chose de tout cela, c’est que le Vatican est tellement important qu’il a sa propre équipe de football (malheureusement absente de la Champions League) et, bien que les prêtres ne puissent être des femmes, il a depuis 2019 sa propre équipe féminine.


LE MYTHE DU FORÇAT DE LA PEINTURE
En 1504, le pape Jules II charge le peintre Michel-Ange, alors âgé de 33 ans, de refaire la décoration du plafond de la chapelle Sixtine. Michel-Ange demande la réalisation supplémentaire de fresques des neuf histoires centrales représentants les épisodes de la Genèse dont la célèbre Création d’Adam. Afin d'atteindre le plafond, Michel-Ange conçoit un échafaudage s'appuyant sur des tenons dans le haut des murs. Sa structure occupe un tiers de la surface totale du plafond et est successivement démontée et remontée en trois phases. Le mythe selon lequel Michel-Ange aurait réalisé seul le projet, debout, le corps plié de douleur sur les échafaudages est à interroger … On trouve la main des collaborateurs de l’artiste dans les parties secondaires mais il est vrai que le moindre motif sur la voûte découle d’un dessin du maître.
THÈME
Le thème de la chapelle Sixtine est le salut de l’humanité offert par Dieu au travers de son fils, Jésus. L’ancienne alliance passée entre Dieu et le peuple d’Israël, par l’entremise de Moïse, ainsi que la nouvelle alliance passée entre Dieu et l’humanité tout entière, par l’entremise de Jésus-Christ, sont représentées sur les murs latéraux de la chapelle. La partie centrale du plafond représente la Création, l’épisode du paradis terrestre puis la chute de l’humanité, Adam et Ève et le péché originel qui sépare l'humanité de Dieu. Entourant ce thème central, les prophètes et les sibylles, messagers de Dieu chargés, tout au long de l’histoire, de rappeler aux hommes que Dieu offre le salut, sont là pour illustrer que Dieu n’a jamais vraiment abandonné les hommes. Plus autour, l’iconographie de la lignée qui d’Adam en passant par le roi David mène à Jésus-Christ, le sauveur de l’humanité, doit être perçue comme l’évident rappel du « plan divin » qui dès la chute du paradis terrestre, inclut la possibilité du salut.
STYLE
Le style du peintre se perçoit dans l’énergie qui se dégage des personnages et notamment l’utilisation du contrapposto, ou inversion dynamique et contrastée des bras et des jambes (voir ci-dessous). La pose complexe et tortueuse des corps a un caractère artificiel (essayez de vous tenir dans les positions des personnages … mais quand vous serez loin de nous SVP), mais témoigne aussi du goût de Michel-Ange pour signifier avec exagération les expressions et les émotions.

IGNUDI
Les Ignudi,ces vingt jeunes gens sont des nus, des anges sans ailes, et rappellent les athlètes surhumains et ont aussi pour fonction de porter les guirlandes de feuilles de chêne et de gros glands, qui non seulement renvoient au blason des papes Della Rovere (Sixte IV et Jules II) mais symbolisent l’âge d’or et représentent l’Empire romain. Pour Michel-Ange, leur beauté idéale constitue un accès direct au divin par le ravissement qu’elle déclenche.

LE JUGEMENT DERNIER
Le jugement dernier commandé par le nouveau pape Paul III en 1536 constitue une composition d’un seul tenant sur toute la hauteur de la paroi. Le travail est achevé le 18 novembre 1541 et dévoilé au public le jour de Noël. Autour du Christ, qui revient à la fin des temps, jeune, athlétique, imberbe comme un Apollon, toute une humanité, nue, est en branle, hésitante, aspirée en haut ou repoussée en bas, vers Charon (la figure mythologique du passeur), debout sur une barque, qui précipite les damnés vers un enfer qui ne peut être que celui de Dante. Cette scène montre un effet grandiose suscitant une admiration mêlée de terreur, qui marqua fortement les contemporains de Michel-Ange. En découvrant cette scène, il faut imaginer que l’effet produit était alors aussi puissant et immersif qu’une vision d’un film 3D en IMAX à la géode à Paris !



Ce tableau se trouve dans l'une des chambres de Raphaël (Stanze di Raffaello) - musées du vatican



















